Lettre de La Marquise de Mévigné avec Monsieur de Label Lauv

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Lettre de La Marquise de Mévigné avec Monsieur de Label Lauv

Message par La Marquise de Mévigné le Jeu 1 Fév 2007 - 10:35

Cher Monsieur de Label Lauvret,





Loin des tribulations de la Maison Courtoise, je suis allé passer quelque agréable séjour dans le château de Monsieur, à Saint-Cloud. Cela me fut du plus grand bien. Cet endroit est charmant. Dans ce lieu, où une Orphée trépassa …, il n’y a qu’à se régaler des œuvres du Grand Mignard et puis quand le temps vous procure sa clémence, je vous recommande une petite déambulation dans le parc, du coté du pavillon du Butard, que marqua de sa patte l’inégalable architecte Ange-Jacques Gabriel.

Hier, le vent y retenait son souffle et on aurait presque pu avoir la destinée de voir passer quelques coquecigrues. Le froid régnait en maître, mais qui pourrait s‘en plaindre puisqu’il a l’énorme avantage de pouvoir raviver des forces qui ont trop souvent tendance à s’endormir. La seule déconvenue de cet état serait que les morsures vous attaquassent le visage, au point que des rougeurs très inconvenantes vous obligeassent à vous dissimuler un temps pour éviter que l’on se moqua de vous pour des rougeurs que l’on pourrait attribuer à quelques ardeurs d’un autre ordre !

Dans ce paysage apaisant, le soleil à peine sorti de sa tanière déclinait ses pales éclats pour tenter de mettre en valeur de ces beautés, d’une telle intense simplicité que le commun en a oublié, à cause de ces folies du monde qui n’ont de cesse d’occuper son entendement pour en détruire ses richesses intérieures, magnificences disais-je qui peuvent, pour peu qu’il y songeât, participer de son adoration pour le divin. Les grands ormes offraient leur dépouillement. Les charmes et les hêtres apportaient, à leur manière, la preuve de la toute-puissance du sacré, que seuls les Jansénistes avaient su vraiment adorer.

Figurez-vous que, captivée par tant de sublimes pensées, je fus soudain bousculée par le surgissement d’une houle violente de bruits intenses et complexes. Et les récris des chiens courants, et les trompes endiablées des chasseurs, et les galops percutants des cavaliers sur le qui-vive, me troublèrent à tel point que mon âme, aujourd’hui en est encore tout émue ! La troupe assourdissante de l’équipage de Monsieur de Carbuce de Saint-Sévayre, le Cher homme qui souffre grandement d’avoir été écarté de la Maison Courtoise par ce diable de Régent, venait de débouler de la foret de Fausse-Repose, d’où elle avait attaqué quelque chevreuil remisé dans ses cotes exposées aux maigres chaleurs de l’astre de vie.

Et j’assistai malgré moi à deux épisodes, haut-en-couleurs. Un cheval d’attelage, apeuré par le débouler inopportun d’un sanglier furieux d’avoir été dérangé, fit un tel écart qu’il paniqua ses compagnons de fortune, lesquels se cabrèrent dans le plus grand désordre et poussèrent ainsi l’impolitesse jusqu’à envoyer la voiture toute retournée, et ses occupants en proie au plus grand effroi, dans un cul de haute-fosse. Il y eu plus de peur que de mal mais l’incident marqua quand même intensément les esprits.

Je m’enhardie, en prenant place dans le darboulin ainsi que l’on m’y invitait, à suivre ce laisser-courre si surprenant par sa brusquerie et son intensité. L’équipage m’entraîna, après avoir emprunté à toute allure la route pavée des Puits jusqu’aux abords du Vieil étang de Ville d’Avray. L’animal prit l’eau, ce qui était , m’a-t-on dit, fort rare pour ce type de gibier et j’assistai à un formidable bat-l’eau qui restera graver dans ma mémoire aussi longtemps qu’il me restera un souffle de vie. Le spectacle y fut magnifique, et ces tenues éclatantes, qui caracolaient en bordures des plans d’eau, aux sons des récris assourdissants de la meute surexcitée et des fanfares brillantes des trompes de chasse en pleine action, s’imposaient d’une manière fascinante aux regards et oreilles des spectateurs subjugués par tant de sauvages beautés.

J’eusse aimé, Monsieur le Grand « Petit Veneur », vous qui fute aux premières loges de cet événement, pour moi extraordinaire, que vous m’instruisîtes au sujet du noble déduit, dont on dit qu’il relève des mœurs guerrières interdites aux femmes, jusques et y compris Madame Royal, afin de prouver à ces Messieurs du sexe que nous pouvons rivaliser avec eux jusque dans leurs derniers retranchements.

Je vous adresse cette supplique, en toute sincérité, et compte sur votre amitié pour satisfaire cette inclination qui pourrait vous paraître bien étrange.

Recevez Cher Monsieur de Label Lauvret, Grand " Petit Veneur de sa Majesté, au service de Monsieur de Carbuce ", l’expression de mon plus grand attachement à votre cause.



Madame la Marquise de Mévigné

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