Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

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Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Duc de Saint Sermon le Lun 5 Fév 2007 - 17:40

A moi, Comte, deux mots : vous êtes impayable !... Au sens propre du terme, car je doute même que vous ayez même été en quelque cas, et sous quelque forme, stipendié par Monseigneur pour embrasser avec tant de dévotion et de zèle sa pitoyable cause. On pourra dire, à votre honneur, que c’est librement et le plus gratuitement du monde que vous vous serez fourvoyé à ce point. Quel insecte, ou plutôt quelle vipère vous pique, de prendre ainsi la mouche ? Vous m’obligez à dépenser une encre que je ne voulais consacrer qu’à témoigner des turpitudes de l’usurpateur et de la décadence de sa Cour, en vous donnant à présent mes raisons, - simplement parce que vous jugez que ma bien modeste plume a égratigné votre vanité, - ainsi que l’honneur d’une dame qui vous est chère ? Laissons, je vous prie, le beau sexe en dehors de ces querelles d’hommes, - il n’a point à mêler ses coutumières intrigues à nos affaires, - et c’est bien assez que lesdites intrigues ne soient en ce moment point étrangères à la situation où se trouvent la Cour, la Ville, le Royaume… et où se voient réduits les protagonistes de cette lamentable histoire, - à divers titres d’ailleurs, plus ou moins enviables… Toute jupe qui passe fait des dupes, mon Cher. Et vous êtes fort bien placé pour le savoir… Quoique la jupe en question, me suis-je laissé dire, soit pour le moment fort en passe d’avoir à se changer bientôt en bure de Carmélite, et à avoir, je le crains, à aller cacher sa défaveur prochaine au fond de quelque couvent de province où l’exilera l’ordre du Prince-Régent…privant durement votre entreprise, sinon du plus gracieux, du moins du plus utile de ses appuis. « Sic transit !», comme le dirait en chaire Monsieur Bossuet, dont l’aisance à citer la langue de Virgile et de Tacite dépasse cette manie qu’a Monseigneur de se vouloir faire passer pour érudit en résumant ses Lettres Latines au contenu des pages roses du dictionnaire. N’est-il point vrai que votre chère amie qui joue aujourd’hui les Maintenon du Roi-Lune s’alarmerait de se voir, peut-être, en train de passer des « petits papiers » de Monseigneur, constitués par une secrète liste de sa main, qui énumère les heureux Elus admis à participer dans l’avenir à son « Petit Conseil de Versailles», à une autre sorte de liste, qui serait plutôt celle, désormais ouverte, et encore fort longue à dérouler, des proscriptions de la Cour ?… Mais laissons-là cette navrante histoire ! Je reviendrai ailleurs, - à votre grande déplaisance, je l’espère –, au récit des grandeurs et désillusions, des heurs et tribulations, des plaisantes intrigues de votre sigisbée en vertugadins, la Marquise des Pommiers.
Il est dit par l’adage populaire, - qui, pourquoi non ? se peut aussi appliquer à l’usage des Cours, et à l’élévation morale des Grands, – que « les bons comptes font les bons amis ». Je vous dois donc dire que vous n’êtes point un excellent Comte, - et qu’étant moi-même un fort méchant Duc, je m’étonne, en cette occurrence qui fait de nous, à quelques titres d’ailleurs plus communs que divers, deux fort infréquentables personnages, que nous ne soyons point déjà, tous deux, plus amis qu’ennemis…
Mais la raison en est peut-être moins obscure et les mystères moins indémêlables qu’il n’y paraît. Car vous ne pouvez me blâmer, au juste d’avoir la langue aussi acérée que l’est la vôtre, et d’en user à peindre mes contemporains, en usant du même piquant et impitoyable vitriol d’encre et de salive que vous-même !… Serait-ce que vous n’aimez pas qu’on vous serve ce que vous êtes si prompt, en matière de perfidies et d’anathèmes, à réserver aux autres ? Ce ne serait point là d’une âme généreuse, ni d’un homme qui possède assez d’esprit pour se railler soi-même, au besoin aussi lucidement qu’il est capable de fustiger les ridicules et les travers des autres…
Peut-être (j’y songe) la vraie raison de votre incoercible ressentiment à mon rencontre, est-elle qu’au fond, depuis toujours, vous vous êtes tenu pour rival de mon autorité de ma renommée et de mes titres, - et que je sais que votre tempérament, s’il est capable de droiture et d’honnêteté, reste tant infatué de vos imaginaires préséances ainsi que du droit que vous vous attribuez d’être le seul autorisé à tout dire et à le proférer, en des arrêts que vous croyez propres à infailliblement statuer sur tous les sujets, même ceux où vos lumières fument et charbonnent d’obscurantisme comme une mauvaise chandelle, que vous ne souffrez point qu’une gloire autre que la vôtre éclabousse votre vanité. Vous n’aimez point partager en un seul lieu, l’air que vous moulinez de vos grands gestes avec la respiration des autres, - et vous êtes comme Diogène, qui désirait que chacun s’ôtât de son soleil, - quand bien même il habitait le plus étroit et incommode logis. A cette différence que vous vous prenez pour l’astre du jour lui-même, jaloux de tout importun éclat qui viendrait de trop près obscurcir votre gloire…
Eh ! Bien, comte, parlons de votre gloire, et de cette autorité que vous vous arrogez, de tout dire infailliblement, parce que haut et fort, - et sans laisser aux autres la réplique… Parlons de votre réputation, que vous prenez pour exempte de toute tache, et resplendissant comme un jour de vérité impérissable. Ainsi, sachez que vous fîtes assez rire et dauber récemment nombre d’excellentes personnes de la Cour – et parmi les plus nobles et influentes - lorsqu’elles ont vu à quel point vous étiez capable, (vous, le héraut de l’audace, le thuriféraire de la libre parole et de la plus insolente indépendance d’admiration et de blâme) de vous mettre dans la pose à plat-ventre des mamamouchis de la Sublime porte devant leurs Muftis enturbannés, lorsqu’il s’agissait, pour vous, de vous confire en respects inutiles et en dévotions impressionnées, devant de fausses idoles, dont vous pensez sans doute que l’auréole dédorée pourrait laisser tomber en votre escarcelle un petit rayon de leur gloriole dérisoire. Quelle partie de plaisir me fut, à ce dernier sujet, le récit rapporté de l’audience que vous accordâtes, lors d’un de vos salons du Mercredi soir, à ce piètre histrion, amuseur sans humour, au prétexte qu’il avait prétendu embrasser publiquement la cause d’un parti qui vous est cher ! Comme vous fûtes drôle, abandonnant votre naturelle superbe, déroulant votre langue comme un tapis rouge semé de compliments fleuris et emberlificotés, répandant à poignées la rhétorique d’un suave encens, suçant l’éloge comme vieille douairière déguste une dragée à la liqueur. Que de respect devant l’autorité factice que confère la ceinture dorée de l’ovation populaire ! Que de flexible aveuglement, face à l’élu des plus douteux suffrages, - gagnés non au prix du talent, mais d’un oblique calcul d’opportunisme et d’ambition !
Vous voilà tout entier, en cette navrante affaire : vous vous agenouilleriez devant le premier âne coiffé, pourvu qu’il le fût d’un chapeau qui porterait, piquées à son feutre, des plumes arborant les mêmes nuances que celles de votre drapeau. Que nous réservez-vous, pour plus plaisant ridicule encore à venir ? Savez-vous que le nouveau jeu en vogue entre gens d’esprit est d’en gager, et d’en prendre pari ? Nous en pourrions aussi lancer, certes, sur votre possible disgrâce auprès de Monseigneur. Mais nous sommes plus sûrs de rire, en pariant sur vos extravagances, dont nous savons la ressource fertile, - pour ne point dire : inépuisable, que sur vos malheurs futurs, - qui ne sont que trop prévus. Mais, Dieu ! Que vous voilà devenu sensible, vous, le pourfendeur des réputations empruntées et des fausses gloires de ce monde, à vous agenouiller, plein d’onction, devant un piètre pantin à ficelles, un mauvais baladin de taverne, élu par la faveur des gueux qu’il amuse, transitoirement couronné roi des fous par la plus grossière mode du temps, et secouant à sa marotte et à son bonnet les grelots de la plus médiocre intelligence et du plus vil opportunisme de tréteaux ! Monsieur Pascal, qui eût pu jadis, en son Jansénisme, célébrer en frère vos vertus d’intransigeance, vous eût, pour ce coup, renié, à vous voir pareillement succomber aux tortillements révérencieux d’une telle mondanité de parade et de mauvais ton ! Allons, mon Cher ! Croire aux vertus de sincérité d’un bateleur de théâtre, d’un Tabarin, d’un Scapin, d’un Truffaldin, d’un Matamore à glaive de carton ! Vous ne connaissez donc point de quelles gens il s’agit là, - et n’avez point, vous si bon comédien à la ville, assez fréquenté les planches, pour savoir que tout y est encore plus imposture et mensonge qu’en politique ? Ne saviez-vous pas que les meilleurs histrions eux-mêmes changent d’opinion comme de rôle et de costume ? On pouvait croire, cependant, que votre courtesse de vues en ce domaine vous eût enseigné à ne point sortir du champ de la page, et du combat à la plume. On sait trop quel prix, dans la Science et la Sagesse du bon gouvernement des nations, ont jusqu’ici, trop souvent eu vos oracles, et quels cruels déboires et déconfitures vous ont valu votre prétendue clairvoyance. Vous êtes, en matière de pouvoir, l’homme des divinisations sans lendemain, des divinations hasardeuses, et des divisions arithmétiques - voulant toujours, à force de vanité, siéger seul au bout du dernier Kamtchatka connu, - et, ce faisant, vous n’avez, votre vie durant, cessé de vous complaire à embrasser toujours la cause la moins assurée de succès, la plus baroque et la moins soutenable au regard de l’élémentaire raison. Vous préféreriez vous perdre que reconnaître vous être trompé, - et ce, pour le plaisir de vous distinguer, quitte à soutenir jusqu'au bout l’insoutenable. Il est facile, à ce prix, de passer pour original Et certes, on est sûr, comme vous, de régner sur son minuscule empire, et de n’y être point contredit, lorsqu’on se retrouve seul, rendu en un endroit où nul n’a consenti à vous suivre. Ce n’est point là mon cher, se mettre en danger. Mais c’est se faire simplement une rente confortable sur l’égarement consenti et sur la plus absurde des excentricités. Il serait drôle de vous y voir à l’œuvre, pourvu que vous ne tinssiez cette pose d’acrobate qu’en littérature, - ce qui nous vaudrait de vous des œuvres du moins pittoresques à lire. Mais il reste pathétique que vous prétendiez l’afficher en politique, ou dans les domaines qui relèvent de l’engagement du sort des Nations, ou de l’art du meilleur gouvernement des peuples. C’est là le moindre défaut, - énorme et disproportionné, qui vous fera, comme la grenouille de la Fable, éclater d’orgueil… Ne pensez point d’ailleurs que cela soit de cet orgueil que je sois le plus enclin à vous méchamment blâmer. Je suis moi-même de tempérament, homme fort orgueilleux, - et que la blessure du moindre affront illégitime rend capable du plus incoercible esprit de vengeance, de ressentiment et de nuisance. Mais peut-être, plus que vous, ai-je réussi, m’observant, à m’apprécier mieux que vous ne le paraissez faire de votre propre personne, - et, faute de me pouvoir amender, ou corriger de ma mauvaise pente, j’ai résolu d’user, du moins, des élans de mon ressentiment ou de ma colère à désigner comme il se doit, sous leur détestable jour, les ridicules et les crimes du mauvais camp… quand vous avez choisi, pour flatter votre vanité et vos ressentiments, de les cautionner et de vous y résoudre en un fâcheux acte d’allégeance. Serais-je à présent disgracié, pour prendre parti contre Monseigneur, le Régent, j’aurais, du moins, sur vous, l’avantage d’avoir été la victime d’un méchant homme, et d’une mauvaise action. Je crains, au reste, que vous n’ayez le triomphe d’autant plus insolent à narguer ceux de mes amis dont vous avez précipité la chute, pour vous en mieux réjouir, que vous savez ce succès sans lendemain, et source pour vous de beaucoup plus de déboires à venir, que de prospérités à gagner.

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Duc de Saint Sermon
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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Duc de Saint Sermon le Lun 5 Fév 2007 - 17:42

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Vous ne dûtes, ne l’oubliez pas, mon cher, qu’à la magnanimité du défunt Roi l’indulgence dont vous bénéficiâtes longtemps à la Cour, - et vous savez que le soin de mener seul les affaires du Royaume le divertissait trop, pour qu’il prît le loisir d’accorder à votre cas plus d’importance qu’il ne méritait. Vous en profitâtes, non pour vous faire oublier en quelque retraite, et, comme mon ami Bussy-Rabutin, pour cultiver dans un séjour éloigné des périls et des humeurs changeantes du monde, des plaisirs d’écriture qui, pour n’en point cesser de cultiver l’art spirituel de fâcher par excès de franchise, n’en demeuraient pas moins parfaitement dénués du souci de servir ou non à occuper le devant de la scène, ou de l’estrade; mais vous voulûtes demeurer en votre position, - et servir votre gloire, avant que de servir le Royaume, en ne vous obsédant qu’à venger vos vieilles rancunes au prix de son unité et de sa paix intérieure. Flattant Monseigneur en ses vices, vous l’avez encouragé (du moins par votre silence) à se rendre coupable de la folie de proscriptions où il est lancé, et dont rien, désormais, ne le distraira plus. Voulez-vous que je vous dise, là tout le fond de mon sentiment : vous fûtes victimes des défauts de vos qualités. Mais à force de ne cultiver que cet aspect défectueux de vos grandes vertus, vous avez perdu de vue que vous n’étiez point seul au monde, ni le seul à décider du sort à donner à la bonne, ou mauvaise marche des affaires générales de l’Etat. Vous avez désiré sauver votre tête. Fort bien. Voilà une légitime prudence. Mais, que voulez-vous, mon cher ? vous n’aurez point, désormais, quoi que vous fassiez ou protestiez à la Cour, le privilège d’avoir été stigmatisé, ni l’honneur rétrospectif de la disgrâce. Quoiqu’il advienne, désormais, rien n’empêchera qu’on prétende que vous n’ayez publiquement fait allégeance au parti de l’usurpation et de l’illégitimité, - et vous en resterez marqué au fer, non comme les bannis, sur une épaule, mais plus ostensiblement pour tous, au milieu du front, ainsi que jadis l'étaient, afin que nul n’ignorât de leur vergogne, les suppliciés romains qui avaient failli aux vertus civiques, ou aux Lois qui fondèrent l’antique gloire des Pères Conscrits. Il doit vous être affreux, je le conçois, d’en devoir enrager à vous en ronger les ongles, mordre les doigts, jusqu’à en avaler vos manchettes avec vos manches, pour vous être aveuglé au point de vous être enfoncé le majeur dans l’œil jusqu’au coude. Pardonnez l’audace et la verdeur de ce dernier langage, - mais je sais qu’à vos heures, vous ne négligez point d’en user de même, dans les pamphlets que vos faites signer par vos sbires : damnés de l’encrier et galériens de la plume que vous rémunérez de la certitude enfantine que le ciel de la Postérité leur sera acquis, en proportion du dévouement mercenaire qu’ils auront mis à contribuer à votre claironnante renommée d’échotier.
Je vous le redis, cher Comte, - vous avez voulu jouer cette partie entre le pouvoir et vos intérêts en y mêlant par trop votre cœur, et vos irrépressibles passions. Vous eûtes, hélas ! les sens et la susceptibilité plus prompts à s’enflammer que la tête. Et vous avez, comme toujours voulu vous engager seul en cette périlleuse manœuvre, - sans, comme toujours vous fîtes, vous appuyer des conseils et de l’opinion des autres. Car il est, en cette Cour, des gens de bonne volonté et d’excellente vertu dont vous n’avez jamais cru bon de prendre l’avis, et que vous prétendez, à présent, afin de vous justifier, engager sous votre bannière, et entraîner à faire allégeance au fantoche dont les mauvaises actions vous ont servi, - vous seul, votre orgueil, et nul autre que vous…
Quand vous fûtes par trois fois en charge de diverses ambassades que vous avait consenties le Roi Jean, fin de vous éloigner de la Cour, sans avoir l’air, pour autant, de vous disgrâcier (et même, en vous chargeant ainsi d’un honneur brillant et inespéré de représenter le Royaume par votre personne auprès des peuples étrangers), rappelez-vous ce que vous trouvâtes, aussitôt placé en ce rôle, du plus opportun et du plus bel effet de vous répandre en provocations diverses, et de traiter les représentants des puissances où vous vous trouvâtes en poste avec des propos dune désinvolture frisant l’insulte, que vous étiez seul à trouver de la dernière et suprême élégance ! Vous souciâtes-vous jamais, cher comte, de ce que vous eussiez mis en jeu, pour le plaisir d’une mauvaise plaisanterie, le sort de tous les sujets d’une Nation, - et exposé à la guerre cette Nation-même, et sa possible destruction par les armes de l’ennemi? Certes non. C’est bien ce qu’on put, et que l’on doit vous reprocher. Vous sûtes, à chacune de vos irresponsables rodomontades, défaire et mettre en péril, d’un seul mot malheureux, les années d’efforts et de sage politique de votre Souverain. Songez que ce dernier ne vous en tint point rigueur. Ou, s’il lui arrivait de penser que vous alliez trop loin, et que votre esprit de liberté s’apparentait par trop à de la désobéissance, il n’en laissait point voir au-dehors la déception ou la colère, - ni ne prenait à témoin de son dépit une assistance extérieure qui n’avait nul titre à entrer dans le secret des affaires du gouvernement. Vous, vous eûtes toujours la rage de tout porter du moindre de vos désagréments, ou de la plus intime de vos convictions ou de vos indignations en place publique, et de toujours vous répandre, afin de vous donner de l’importance, en intempestives divulgations et objurgations, - dont vous ne faites qu’envenimer toute chose. Ainsi, désireux toujours de dominer, et de n’être point contredit par plus fort en esprit ou en raisonnement que vous, vous avez toujours été le grand homme des petites coteries, - les seules où l’on vous révère, où vous amusez, par l’outrance sans limites de vos éructations et que vous divertissez ou convainquez, par l’exorbitante extravagance de vos prétentions. Il est aisé de prêcher à ceux qui sont d’avance convaincus que la Foi vaut d’être abandonnée pour l’élucubration. Je doute, en revanche, - même s’ils savent ne point manquer de rhétorique -, que vos actuelles plaidoiries de bonne foi ne convainquent ceux que vous avez contribué à perdre de votre innocence. Or, en toute cette affaire dont s’approche le dénouement, vous oubliâtes pourtant, vous aveuglant de vos desseins, votre propre péril, - aveuglé que vous étiez par l’avide étanchement de votre soif de la vengeance, et l’assouvissement trop précipité d’une haine ancienne. Vous fûtes prêt à oublier tout péril, afin de vous gorger de l’amer nectar de votre satisfaction d’amour-propre. Mais je doute que le nouveau maître dont vous croyez vous servir ait pour vous l’indulgence que vous lui prêtez. Peut-être vous fera-t-il la grâce, afin de se divertir de vous voir redouter davantage chaque jour l’arrêt du lendemain, et vous effarer jusqu’à la rage, entre la crainte et l’espérance, de garder par-devers lui le secret du règlement de votre sort pour la fin. Et peut être, jusqu'au bout, réussira-t-il à flatter votre fatale vanité, jusqu’à vous faire croire que la sentence puisse être encore différée… Songez que le spectacle de votre fière personne, mise en cet inconfort, serait plaisant à voir pour plus malveillant que moi. Mais je crains qu’alors, nul, déjà, ne soit plus soucieux de votre cas, ni du sort qui vous sera réservé. Des ennemis plus puissants, moins scrupuleux et moins magnanimes que ceux que vous vous êtes déjà faits de la veille se chargeront de statuer alors, - et vous regretterez presque, cela reste à craindre, que ce ne soient pas plutôt ceux que vous tenez aujourd’hui pour vos adversaires qui se chargent, alors, de débattre du règlement de votre cas. Lesdits adversaires aussi, - nommons-le : Mondévy et La Denture -, comme vous, au reste, ont péché par orgueil. Mais votre péché à vous reste plus grave, - car vous vous y opiniâtrez, quand eux en ont reçu, presque par vos soins, (puisque avec votre aide et votre consentement), une injuste sentence, ainsi qu'une non moins injuste punition… Je n’enseignerai point à un homme si soucieux de la qualité de la dévotion des autres, au point de juger s’ils sont exacts ou non à bien prier, que peut-être, ceux que vous fûtes si prompt et empressé à désobliger sauront peut-être, en bons chrétiens qu’ils sont, vous garder pour la fin quelque reste de généreuse magnanimité. Pour me flatter de les bien connaître, je reste assuré que vos ennemis d’hier seront moins ingrats et cruels que vos adversaires d’aujourd’hui, et qu’ils sauront vous garder, malgré la trahison dont vous vous rendîtes coupable à leur égard, assez de charité pour sympathiser à votre sort. N’en doutez point, - si la disgrâce et la proscription, comme je le crois, vous touchent avant qu’ils ne soient, pour eux, rentrés dans leurs droits légitimes, il ne laisseront pas votre personne errer sans gîte ni couvert, loin de la Cour dont vous aurez été banni par les soins de Sa très haute et purgative Grandeur-Lune. Les châteaux de province où ils sont, par ordre et par force, retirés ne vous demeureront point aussi fermés que le furent votre cœur et votre indulgence…Et il y restera toujours, à votre intention, au bas bout de la table, un plat de lentilles gardé au chaud, de côté, depuis longtemps, afin de vous sustenter.

Veuillez, Comte, me croire votre bien affectionné,
Plus que jamais soucieux de votre avenir à la Cour,

Exupère-Palamède, Duc de Saint-Sermon


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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Nini Peau d'chien le Lun 5 Fév 2007 - 20:30

Bravo, Duc, bravo, bravissimmo ! Vous voilà enfin revenu ! Vous vous êtes encore surpassé. Je me lèche les babines.

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par beketch le Mar 6 Fév 2007 - 0:44

Duc de Saint Sermon a écrit:A moi, Comte, deux mots .
Duc, vous êtes un méchant drôle. Vous promettez deux mots, vous en assénez quatre mille. Et par là, la plus rude des punitions qui soient : vous m'avez ennuyé.
SdeB

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Rantanplan le Mar 6 Fév 2007 - 9:00

Au sens du XVIII° siècle ?


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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Nini Peau d'chien le Mar 6 Fév 2007 - 9:01

beketch a écrit:
Duc de Saint Sermon a écrit:A moi, Comte, deux mots .
Duc, vous êtes un méchant drôle. Vous promettez deux mots, vous en assénez quatre mille. Et par là, la plus rude des punitions qui soient : vous m'avez ennuyé.
SdeB

Trente mots tristounets contre quatre mille somptueux : vous avez perdu le premier échange, Monsieur le Comte.

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Rantanplan le Mar 6 Fév 2007 - 9:23

Нашла коса на камень.
Be careful what you wish for, you may receive it.
W.W. Jacobs, "The Monkey's Paw", Harpers Monthly, 1902.

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par ZEBULON le Mar 6 Fév 2007 - 10:19

Duc de Saint Sermon a écrit:Et il y restera toujours, à votre intention, au bas bout de la table, un plat de lentilles gardé au chaud, de côté, depuis longtemps, afin de vous sustenter.
Toujours en verve M. le Duc. Le tableau que vous faites de M. le Comte est criant de vérité. Je reconnais bien là votre bonté et votre grand coeur en réservant le gite et le couvert à M. le Comte, en lui réservant ce plat tant royal.

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A

Message par camaret le Mar 6 Fév 2007 - 12:46

[quote="Nini Peau d'chien"]

Trente mots tristounets contre "quatre mille somptueux"



que de talent dans un bas de soie

Vos allusions sont insultantes.
Si vous n'êtes pas content, vous sortez.
Ce serait bien aussi d'apprendre à citer.
L'Admin

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Victor le chacal le Mar 6 Fév 2007 - 13:07

camaret a écrit:que de talent dans un bas de soie
Je vous ai déjà dit que vous n'étiez pas fait pour ce forum.

Mon cher, il me semble que l'on vous a déjà rappelé que vos commentaires catégoriques n'apportaient rien et ont le tort de révèler une âme assez basse.
Et je ne vous crois pas capable de faire un millième de ce qu'a commis Monseigneur. Donc encore une fois, je ne m'explique pas pourquoi vous vous faites du mal en venant ici, manifestement vous êtes dépassé.

Laissez moi vous rappeler les règles du jeu. Nous ne sommes pas ici au Hdland du cheminot de la Meuse. Il ne s'agit pas seulement de donner son avis. Il faut le fonder et essayer de le dire avec style. Vous êtes tenu aussi de respecter les autres intervenants.

Réfléchissez au bienfondé de votre présence ici.

PS : Si vous êtes mineur, merci de transmettre l'autorisation de vos parents au GADFL (c'est une obligation légale).

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par camaret le Mar 6 Fév 2007 - 15:34

Victor le banni a écrit:
camaret a écrit:que de talent dans un bas de soie
Je vous ai déjà dit que vous n'étiez pas fait pour ce forum.

Mon cher, il me semble que l'on vous a déjà rappelé que vos commentaires catégoriques n'apportaient rien et ont le tort de révèler une âme assez basse.
Et je ne vous crois pas capable de faire un millième de ce qu'a commis Monseigneur. Donc encore une fois, je ne m'explique pas pourquoi vous vous faites du mal en venant ici, manifestement vous êtes dépassé.



au contraire, je m'amuse comme un petit fou et vous remercie, cher monsieur victor le banni, de vous preoccuper de mon masochisme (j'ai un excellent psychanalyste) et accessoirement de m'insulter, ce que je ne me permettrai pas a votre encontre;

a plus tard, peut-etre

Merci d'apprendre à citer. J'ai modié le message
L'Admin

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Victor le chacal le Mar 6 Fév 2007 - 15:42

Mon cher,

Vous êtes ici le bienvenu. C'est vous qui êtes très insultant pour Monseigneur le Duc.

Je ne vois aucune invective dans mes propos à votre endroit par contre. Expliquez-moi cela, je vous prie.

BAv.

PS : les psychanalistes ne vous mèneront qu'au suicide. Pour ce qui vous concerne, je préconise plutôt une adhésion à l'ALEPS et la lecture de l'école autrichienne : Hayek, Mises, Rothbard,...

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par camaret le Mar 6 Fév 2007 - 15:59

[quote="Victor le banni"]Mon cher,

Vous êtes ici le bienvenu. C'est vous qui êtes très insultant pour Monseigneur le Duc.


au contraire, j'ai ete stupefait, comme tout le monde, je pense, par la maestria de monseigneur le duc, qui depasse le simple pastiche, mais utiliser un talent si epoustouflant a de telles fins, pour atteindre un homme d'honneur...

apt, (=a plus tard)


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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Grand Architecte du Forum le Mar 6 Fév 2007 - 16:01

Le quote!

Il faut impérativement un [ / quote] en fin de citation (sans espace).

Est-ce si compliqué que cela?


Dernière édition par le Mar 6 Fév 2007 - 16:08, édité 3 fois

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Victor le chacal le Mar 6 Fév 2007 - 16:04

camaret a écrit:au contraire, j'ai ete stupefait, comme tout le monde, je pense, par la maestria de monseigneur le duc, qui depasse le simple pastiche, mais utiliser un talent si epoustouflant a de telles fins, pour atteindre un homme d'honneur...
Je suis rassuré de voir que vous l'avez pris de la sorte. Je ne crois pas que l'intention de Monseigneur le Duc soit exactement celle-là.
Je crois que Monseigneur enjoint SdeB à changer de camp tant qu'il en a le temps, ie avant mars.

camaret a écrit:apt,
scratch

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par camaret le Mar 6 Fév 2007 - 16:24

grand architecte du forum, je suis un neophyte mais je vais m'y mettre dare-dare pour pouvoir suivre le mouvement des troupes, sur le champ de bataille, tout en prenant des cours de rattrapage dans les nombreux domaines de mes lacunes...politesse et autres;

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Grand Architecte du Forum le Mar 6 Fév 2007 - 16:27

Merci beaucoup pour votre compréhension.

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Lucullus le Mar 6 Fév 2007 - 20:12

Par pitié, ô Grand Architecte du Forum tout-puissant, soyez indulgent avec les nouveaux (et aussi avec les anciens...) ! Que ce forum, contrairement à l'autre, reste un espace de liberté...

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Lucullus le Mar 6 Fév 2007 - 20:15

Duc, vous êtes un méchant drôle. SdeB

Hou ! le mauvais perdant...
résigné
Allons monsieur SdB, soyez beau joueur, cela vous honorera, et reconnaissez l'extraordinaire savoir-faire de ce pasticheur de génie (dont on ignore le nom d'ailleurs)
yes

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par veneur le Mar 6 Fév 2007 - 20:51

beketch a écrit:
Duc de Saint Sermon a écrit:A moi, Comte, deux mots .
Duc, vous êtes un méchant drôle. Vous promettez deux mots, vous en assénez quatre mille. Et par là, la plus rude des punitions qui soient : vous m'avez ennuyé.
SdeB

Mais entre deux mots, Cher Serge, vous choisissez lequel ?

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Lucullus le Mar 6 Fév 2007 - 22:43

J'ajoute à l'attention de SdB : on dit qu'on a les ennemis qu'on mérite ; aussi, vous devriez plutôt vous flatter d'avoir un tel adversaire ; cela n'est pas donné à tout le monde de susciter de la prose aussi remarquable, fût-elle méchante...

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

Message par Grand Architecte du Forum le Mer 7 Fév 2007 - 3:19

Lucullus a écrit:Par pitié, ô Grand Architecte du Forum tout-puissant, soyez indulgent avec les nouveaux (et aussi avec les anciens...) ! Que ce forum, contrairement à l'autre, reste un espace de liberté...
Cher Lucullus,

Mais je suis très indulgent! J'enseigne. Et après cela va tout seul.

Cordialement.

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Re: Deux mots du Duc au Comte en toute Courtoisie...

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